mercredi 14 août 2013

L'accouchement serein d'Alex L.

L'accouchement semble être un sujet tabou. Et comme je suis une grande rebelle...  



Les trois âges de la femme, Klimt

Les contractions sont fréquentes depuis deux nuits. Nous sommes dimanche 17 juin, il est 6 heures du matin. Je me promène dans la rue accompagnée de mon chien qui me regarde, l'air intrigué, m’arrêter toutes les 5 minutes pour souffler. La matinée passe, les contractions s'estompent.  

Nous sommes dimanche 17 juin, il est 14 heures. Les contractions reviennent de plus belle. Celles-ci s’enchaînent  régulières et douloureuses. Pourtant, je me pose un tas de questions (est-ce vraiment le début du travail? Et si c'était une fausse alerte? Sommes-nous vraiment prêts? Et si j'avais oublié quelque chose? Et merde, je n'ai pas de brumisateur!). Bah oui... Difficile de réaliser que ça y est! C’est peut-être bien le moment M! Tout ce que nous préparons depuis 9 mois, ce que l’on attend depuis si longtemps va arriver. Nous allons pouvoir emporter la valise, prête depuis des semaines dans l'entrée. Une petite douche et nous démarrerons. F. ne réagit pas. Je lui donne un petit guide de survie que je lui ai préparé lorsque j'étais alitée et je lui indique où j'ai caché sa "boite à papa" remplie de petits cadeaux et de petites attentions à découvrir lorsqu'il rentrera seul. En quelques secondes, il se transforme et semble complètement affolé (mais il gère quand même hein). Pour se rassurer, il se met dans la peau d’un journaliste, il me prend en photo tout en se roulant par terre, me pose des questions avec un faux micro...   
                                                                        
L’hôpital n’est pas loin. Il n’arrête pas de me faire rire, difficile de paraître sérieuse devant la sage-femme. Il est 16h30, j'apprends que mon col est ouvert à 1 doigt. C’est plutôt mal parti pour accoucher aujourd’hui! 
-"Pfff! J'parie qu'on va repartir bredouille!"- Nous devons tout de même poireauter dans la salle puisque je dois subir une séance de monito pour vérifier que bébé se porte bien. La sage-femme explique calmement que le rythme cardiaque est beaucoup trop élevé. Les contractions sont fortes depuis un bon moment et rapprochées, notre doudou a du mal à supporter. Il s'en suit deux longues heures dans une position statique et de nombreux fou-rires qui n’aident en rien à soulager la douleur. Merci F. d’essayer de me changer les idées!                                    
La sage-femme réapparait et revérifie le col : -« ouverte à 2 doigts bien larges ». Elle annonce que même si ce n’est pas pour dans la nuit, je ne rentrerai pas à la maison ! Waouw ! Dans peu de temps, nous rencontrerons notre fils! Je suis autorisée à aller marcher pendant deux heures pour avancer le travail. Nous nous promenons « tranquillement » au soleil, nous sommes impatients…

Je commence vraiment à souffrir. Je cherche désespérément la meilleure position pour supporter les contractions. Debout ? Assise ? Accroupie ? Rien n’y fait ! Je monte et descends un nombre incalculable de fois les escaliers sous le regard amusé de F. qui se fout de moi ! A mon retour en obstétrique: ouverte à 4. La dame qui s’occupe de moi me dit qu’elle va appeler l’anesthésiste. Je lui annonce que je souhaite accoucher sans péridurale. Elle semble étonnée mais me félicite. Une nouvelle séance de monito, courte cette fois, suivie d'exercices sur un ballon. Je découvre que c’est « ma » sage-femme qui est de garde pour la nuit, celle qui m’a donné des cours de yoga pour la préparation à la naissance. Quel bonheur! Je ne pouvais pas tomber mieux. Elle a pris connaissance de mon projet de naissance (que je publierai à l'occasion dans un autre article pour celles qui souhaiteraient des idées pour rédiger le leur) et m’amène dans une salle aux lumières tamisées avec musique et baignoire. Mon chéri s’installe, prend des photos, frime sur FB. De mon côté, j’essaie de gérer les contractions qui deviennent de plus en plus fortes. J'essaie de me convaincre que sans ces dernières, bébé ne pourrait pas descendre, qu'elles sont nécessaires.




Je suis allongée, mon gros ventre flotte. Je voudrais le sentir bouger, c'est le calme plat. Toutes les trois minutes, il se transforme en gros caillou, dur comme du béton. Je n'en peux plus, mon corps est engourdi. Une heure est passée, je dois sortir de l’eau car des vertiges surviennent, j’ai l’impression de ne plus avoir de force. Je perds pas mal de sang… ouverte à 5. Madame J. ouvre la salle d’accouchement qui se trouve juste à côté. Constatant que les contractions sont dans les reins, elle me propose de me mettre sur les genoux, la tête posée sur un ballon. D’après elle, cela devrait soulager un minimum… Soulager? C’est de pire en pire! J’essaie toutes les positions possibles. Je n’ai plus aucune pudeur, je me mets à « 4 pattes » pourvu que cela me passe ! Pitié! Je ne contrôle plus du tout la douleur malgré les encouragements de Madame J. pour faire la respiration de la vague, de penser aux cours de yoga... Elle me tient la main, je n’ose pas la lui serrer, je la broierais ! Je n’en peux plus ! Je suis fatiguée! Ces tiraillements ne me laissent pas de répit. F., voyant mon état, commence à s’angoisser. Je dois me placer en position gynécologique pour un nouveau contrôle du col. Au même moment, la poche des eaux se rompt. Ma sage-femme est trempée (hihihi). Je pense de tout mon coeur à mon bébé qui doit être désemparé, il ne doit pas comprendre ce qui lui arrive. "Courage mon ange! Ce sera bientôt terminé!". 
En effet, mon col est souple et se dilate rapidement, je suis ouverte à 7 ! Cela explique l’intensité des contractions. Ma sage-femme me (re)soumet la péridurale: si je la désire, c'est maintenant ou jamais. Après une courte hésitation, je réussis à la refuser tout en me tordant dans tous les sens… Comment une telle douleur puisse-t-elle exister?

Je ressens soudainement l’envie de pousser, je le dis à ma sage-femme qui me propose, tout en mettant son masque, de démarrer dès que je me sens prête. Je commence à pousser et envoie une deuxième vague de liquide amniotique. Une sensation bizarre parcourt tout mon corps. Je crie que j’ai des « putains de crampes dans les cuisses!!! », elle essaie de me masser et me suggère de me mettre comme je le demandais dans mon projet de naissance : en position latérale. Je m'installe donc, péniblement, sur le côté, F. s'assoit sur une chaise au niveau de mon visage, je peux le saisir par le cou, je l’entoure de mes bras et nous respirons ensemble. Nous transpirons, épuisés. Il me guide: « à trois on prend une grande inspiration… ». Nous soufflons et poussons tous les deux. J’ai l’impression d'être pulvérisée de l’intérieur. Ça pique, ça tire, ça brûle, ça explose ! Aucune souffrance n’est comparable. Madame J. signale que le bébé est descendu, qu’il faut continuer. J’ai la sensation que ma peau va se déchirer sous la force de la pression. Je pousse avec toute l’énergie qu’il me reste. Cela me parait interminable. J’entends un « je vois ses cheveux » qui me redonne de la force. Sa tête passe… encore une poussée et je pourrai l’attraper… je l’aperçois... je tends les bras pour le saisir… il pousse un cri… je le plaque contre moi.

Mon corps n’existe plus, la douleur n’existe plus. Plus rien n'existe. Je suis ailleurs, dans mon monde. Mon bébé ! Juste mon bébé ! Il se calme, il est paisible contre ma peau, ses yeux me fixent. F. nous embrasse. Nous sommes trois. Nous sommes une famille. L’amour de notre vie est enfin là. D., 54cm et 3kg800, né après 7 heures de travail intensif à l'hôpital. Un accouchement tel que je le voulais (quoi que, bien plus douloureux et un "post-délivrance" peu agréable - déchirure, libération du placenta, montées de lait, contractions et lochies, fatigue, inquiétudes, palpations incessantes des infirmières, descente d'hormones, etc.): cordon coupé par mon chéri après l'arrêt des battements, allaitement directement dans la salle avant les soins du bébé, resserrage du bassin, ... Je ne serai jamais assez reconnaissante envers ma sage-femme, Madame J., pour avoir respecté tous mes souhaits. Et, bien évidemment, merci à mon homme qui a su trouver les gestes parfaits pour me soutenir.      


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